Quand on interroge Martin Hirsch sur le bouclier fiscal, il répond que grâce à cette mesure les grands patrons qui avant payaient l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) pourront désormais "investir" dans la lutte contre la misère. En effet sur l'antenne de RTL il vagit : "Il y a un an, les patrons me disaient : C'est formidable ce que vous faites mais avec l'ISF on ne peut pas vous aider. Maintenant il y a le paquet fiscal.".
Martin Hirsch n'est pas un
benêt, mais il le joue excellemment. Le fils spirituel de l'abbé Pierre essaie
de nous convaincre, avec l'assentiment médusé d'un intervieweur, qu'un
mandataire social rémunéré 12 "salaires minimum" par heure ne pouvait
pas participer à la résorption de la pauvreté avant la mise en place de ses
avantages fiscaux (60% des revenus fiscalement plafonnés). Rappelons que l'ISF
ne s'applique marginalement qu'à partir de 760 000 euros de biens déclarés. Une
personne qui déclare 1 220 000 euros aura un différentiel d'ISF en plus à payer
de 2 530 euros. Au plafond, c'est-à-dire à 15 800 000 euros (1), il s'élève à
211 000 euros (1,8%). Pour mémoire, l'ISF fut décrié en raison de l'injustice
qu'il générait sur des (petits) propriétaires assujettis et peu fortunés. Au
lieu d'une réforme spécifique, une couverture générale des millionnaires fut
instaurée. Cet impôt existe toujours, mais a été largement mis à mal par le
bouclier fiscal (2).
Martin Hirsch sait aussi dégainer l'argument de l'excuse. Sur France Inter, où un journaliste "crypto-marxiste" lui pose une question vicieuse à propos de la cohérence de la politique fiscale et la capacité des riches à enrichir l'ensemble de la société, il déclare jovial, parlant des grands argentiers : "Leurs revendications ont été satisfaites…", puis, "on verra, on va les prendre au mot,…,vous (en parlant des patrons milliardaires) vous plaignez de payer trop d’impôts pour un état inefficace, maintenant vous pouvez faire directement un chèque vers ceux qui font de l’insertion ". En d'autres termes, l'état social vient d'expirer, le paquet fiscal c'est fait. Les grands patrons n'auront plus l'excuse de la pression fiscale. Maintenant la balle est dans leur camp. Une candeur émouvante.
Si ce n'était pas aussi inconséquent, cela serait drolatique. Martin Hirsch
n'est pas sans savoir que le patron d'un grossiste en divertissements préfère
donner trois millions d'euros à une croqueuse-nageuse pour qu'elle s'ébatte
librement dans les bassins olympiques plutôt que d'en faire profiter les plus
démunis. Pour le Haut commissaire, il faut gaver ceux qui possèdent déjà
pléthore afin qu'ils puissent, de bonne grâce, participer à l'effort
d'éradication de la misère sans que cela grève leur capital initial. En
d'autres termes, l'état rend de l'argent en espérant que ces bénéficiaires
consentent à en (re)verser une partie.Catholique et stupéfiant.
Point d'orgue, le sous-ministre vient aussi claironner dans la matinale de la
radio publique, que plus de 64% des allocataires du RMI sont disposés à
(re)prendre immédiatement un emploi. Martin Hirsch vient de découvrir
que l'eau mouille et commandite une enquête à un institut de sondage (3) pour
s'en convaincre. Nous sommes rassurés.
Vogelsong.
(1) le vertige; ce n'est plus de la fiscalité, mais de l'astronomie…
(2) À l'automne 2007, 2 400 foyers fiscaux ont été remboursés de 50 000 euros
en moyenne, soit 120 000 000 euros.
(3) TNS-Sofres
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