La corde ou le goulag !
Voici un billet repris de Donatien , un ami, publié sur le blog équilibre précaire. Tout ce qui suit est de la plume de Donantien: il y a quelques semaines, j’écrivais sur mon blog au sujet de la crise : « Pas l’ombre d’une mesure contraignante, pas une goutte de remise en question profonde du système qui nous a « pondu » la « Crise du siècle ». Pas une miette d’excuses non plus pour ceux, qui assument, sans broncher, les conséquences de ce dont ils ne sont pas responsables. »
Hier, mon téléphone sonne. C’est ma mère. Un peu agacée par son second appel de la journée, je décroche avec l’intention de lui demander de me rappeler plus tard. Au bout du fil, elle pleure et bégaye quelques mots avant de m’expliquer, d’un ton assuré, que mon oncle s’est pendu en début d’après-midi. Dans sa lettre d’adieu, tout ressemble à une réflexion à haute voix, à une série d’arguments qu’il semble avoir couchés sur le papier pour se persuader lui-même que l’issue fatale restait la meilleure.
En avril dernier, Alain est convoqué
par son management. En raison de deux retards (45 kilomètres séparent le
domicile du lieu de travail) et de son utilisation d’internet à des
fins personnelles, on lui met un blâme. C’est le coup de sifflet de ce
qui va devenir un harcèlement moral. En Juin, alors que je rends visite à
ma famille, je discute avec mon oncle. Il m’explique que son management
le noie de travail et de deadline impossible à respecter. A ses mots,
je comprends qu’on veut le bazarder. Il est vieux (52 ans), nul en
informatique et coûte cher (2700 euros net). Au retour de ses vacances,
nouvelle convocation et nouveau blâme. Alain ne remplit pas ses
objectifs et il est averti pour la seconde fois. A l’issue de la
réunion, il s’énerve et monte le ton. Tous les gens autour de lui
étaient des gosses quand il a démarré sa carrière dans la boite et ça,
pour lui, ca ne passe pas. Le directeur du site lui dit verbalement
qu’en raison de la crise, il doit dégraisser et qu’il fait parti de la
liste des indésirables. Il enfoncera alors son poing dans la joue de ce
gros con et sera licencié quelques jours plus tard. Alain n’a jamais été
violent. Mais comme beaucoup dans la famille, il a un sens aigu de la
justice et de la politesse. Quand il a compris qu’il était dans la
nasse, il a préféré se faire justice immédiatement que prendre du cash.
Courageux et compréhensible geste (de mon point de vue), il va néanmoins
devenir le coup d’envoi d’une chute effrénée vers son malheureux sort.
Dans les mois qui suivirent, 10 des ses collègues subiront le même sort…
tous avec au moins plus de 10 ans d’ancienneté au sein de l’entreprise.
Alain a 10 frères et sœurs dont ma propre mère. Comme elle, il a arrêté l’école à 14 ans pour travailler dans la carrière à champignons du village. Comme deux autres de mes oncles, il entrera à la SNCF comme contrôleur pendant 5 ans. Une déception amoureuse plus tard, car Alain ne pouvant pas avoir d’enfants, il quittera la fonction publique pour rejoindre une fabrique de biscuit comme contrôleur qualité. Il y gravira des échelons, participera à de nombreux projets mais également à de nombreuses avancées sociales au sein de l’entreprise. De droite, Alain a toujours été proche de ses potes de la CGT, les manœuvres et autres employés au « packaging » qui font le sale boulot. Alain n’aime pas les injustices de classe…
Seul face à lui même, Alain va commencer par prendre un peu de recul. Il viendra même 2 jours me visiter à Prague avant de continuer vers Vienne. Il n’avait jamais voyagé si loin. Il passera le reste de l’été à entretenir sa palombière, cultiver son jardin et visiter la famille. Seul et célibataire de carrière, Alain avait une solide épargne d’environ 50 000 euros. Propriétaire d’une maison qu’il avait terminé de payer il y a quelques années déjà, il vivait chichement, avec ses deux chiens dans une maison confortable de 90 mètres carrés à la campagne. Vraiment tout pour être heureux, l’enfoiré… Alain va vite comprendre qu’il est dans une impasse professionnelle. Le marché de l’emploi est maigre pour lui et puis il a perdu confiance en lui, s’isole et doit sûrement se poser des questions aussi existentielles qu’inutiles car comme beaucoup dans la famille, Alain a la déprime facile ! Le Ricard n’a jamais été une habitude de consommation, pourtant, il va commencer à partager sa richesse avec le groupe Pernod-Ricard. Alain semble sombrer tout à coup dans la néant aux yeux des siens… je suis loin, je ne comprends pas donc je ne juge pas. Régulièrement, et par habitude d’abord, je m’entretiens au téléphone avec lui. A chaque fois il « va bien » et a un discours tout à fait cohérent. Nous parlons politique, de la crise et de la situation de son ancienne entreprise. Une chose est certaine, Alain en a gros sur la patate, n’a pas vraiment de regrets dans le fond, mais sait qu’il s’est complique la tache en ne parvenant pas a casser la mâchoire du pingouin degraisseur. Ces derniers temps, Alain était invisible aux yeux de tous et injoignable la plupart du temps. Nous savons juste qu’il a effectué un court séjour dans les Pyrénées… dans le village où est né son père, et dans lequel Alain n’y avait jamais mis les pieds. Mon grand-père, lui-même, n’y étant jamais revenu, lorsqu’il l’a quitté à 5 ans en 1927.
Expliquer un suicide, même moi, Alain étant mon parrain, je ne peux pas, je ne veux pas… ce n’est pas possible. Je suis révolté, parce que même si je sais qu’il a toujours regretté de ne pas avoir mené une vie privée heureuse et accomplie, je sais aussi qu’il a tout donne dans son job.
Multinationale aux poches gavées, la crise comme prétexte, le harcèlement et des méthodes de management douteuses comme outils, elles licencient autant que possible en réorganisant soigneusement l’entreprise pour ne plus avoir besoin que de smicards interchangeables. Et en ce moment, des gens à employer au Smic… ce n’est pas ca qui manque. Jusqu’à quand allons nous laisser ces entreprises briser des familles, des vies ou des bassins d’emplois sans que l’on ne les punisse si durement qu’ils y réfléchissent a deux fois ? Oui je sais…
Il faut boycotter les entreprises qui n’ont plus d’activité de production sur notre territoire. Après avoir usé les gens, profité de l’argent publique, qu’elles ne comptent pas sur moi pour les enrichir encore davantage. Moi c’est décide, je ne mangerai plus de biscuits **.
Donatien
Mon avis est le suivant : La lecture de ce billet, publié initialement sur équilibre précaire m'a serré la gorge. Par ce que ça concerne quelqu'un, Donatien qui est un bosseur. Ce mot signifie qu'il travaille, invente, réalise, collabore avec d'autres. C'est le cas de beaucoup de gens dans ce pays et bien plus qu'on ne pense. J'imagine que pour Don et sa famille ça a été un choc. Tout une vie de travail, qui n'est pas une valeur n'en déplaise aux cons et néo-cons. Tout ça réduit en quelques heures par des remarques,perfides en des chiffres dans Excel (là on se dit que le BSOD peut être parfois l'ami des gens). Tout une vie réduite en un truc négatif par un donneur de leçons, avec des conclusions basée sur des petits incidents : tu te connecte à internet avec le PC du bureau pour lire facebook ? Fumier, Ordure , a cause de toi les 15% de rentabilité vont perdre 10^4 % voilà ce qu'ils devraient avoir le courage de clamer. Mais ils sont plus sournois, usent pour pousser à bout et provoquer la faute ou le game-over spontané.
Et en plus j'ai des amis ou des potes de mon age ou même de 30 ans soumis à harcèlement moral. On leur fait croire qu'ils sont nuisibles, inutiles, coutent trop cher.
Nous nous prenons des leçons de la part de cost killer et autres enflures à costumes à 4k€ (je ne dis pas que tous les porteurs de costumes.. ). Ceux là ne payent jamais pour le désordre social et humain qu'ils créent, ou alors c'est très rare.
Ils méritent, oui, je vais l'écrire là en gras : une juste punition avant de forcer les gens à se tuer ! Le goulag 2.0 , la ré-éducation par le travail sans violence. Sinon, ce sera pire : la corde populaire en accrochera quelques un au sommet des lampadaires. Et là on ne sait pas ce qui se produira ensuite !

Commentaires
Bon, je vais être très prudent dans mes commentaires car il s'agit de la vie et de la mort d'un homme et de la peine d'une famille.
Oui RVA il y a des gros cons, des très gros cons, kost killers de mes deux, feignants arrogants qui n'ont aucune idée du travail, mais qui à lecture de bilans, tableau et autres chiffres vont rayer des emplois qui à provoquer des drames humains dont ils ont rien à foutre.
Oui derrière ces kost killers il y a des petits chef bien dressés aux ordres, mort de trouille à l'idée de perdre leur boulot et donc bien respectueux des consignes qui leur ont été donné. Qui n'en a pas connu ? ...
L'origine de ce massacre : la détention du capital des entreprises par les fonds de pension et la rigidité du marché du travail en France.
Que l'on se comprenne bien : la bourse est nécessaire pour financer le développement des entreprises. Les sociétés sont bien contentes d'avoir la bourse pour récupérer du pognon quand les banques sont si frileuse.
Mais quand les chefs d'entreprises, les créateurs de richesses, les entrepreneurs, ont été pillé, écoeuré depuis 20 ans par toute une France socialiste qui "n'aime pas les riches" ce sont les fonds de pensions qui ont racheté les boites et qui veulent du pognon maintenant, tout de suite à n'importe quel prix, quite à tuer la boite à myen terme ...
Il faut revenir à un capitalisme d'entrepreneur. Merde !
Un capitalisme familiale ou le patron vit avec ses employés, connait leur famille et ou le lieu de travail est aussi est un lieu d'amitié et d'épanouissement collectif.
J'ai été licencié d'un groupe au main de fonds de pension pour avoir refusé d'êre un "petit chef".
Je suis aujourd'hui chef d'entreprise. Je joue au foot avec mes gars, on se prend de temps à autre une bière au café du village et mon salaire reprsénte 3 fois le plus petit salaire de ma boite.
Je viens d'embaucher un collaborateur de 51 ans, au RSA après des échecs dans sa vie mais avec un avenir.
Il m'expliquait avoir vécu l'enfer avec les entretiens de recrutement vu son age.
Je ne prétend pas être un modèle, loin de la mais je pense que le capitalisme familiale à "la française "est une solution.
Pas la corde ...
Poignant.
Pas mal de bouquins sont sortis ces dernières années par lesquels "ouvrière", "l'open-stress m'a tuer", "Daewoo" qui racontent comment le système, quelque soit ton niveau et tes compétences, t'utilise, t'exploite, t'humilie et te jette comme un kleenex... L'arrivée des NTIC n'a pas vraiment constitué un progrès social...
je ne comprend pas.
quand il s'agit de trux débiles genre peillon a dit, segolene a répondu et martine a fini, y a plein de gens qui donnent leur avis et tout plein de commentaires plus intelligent les uns que les autres.
et qd ca parle d'un drame humain qui révèle le malaise que vivent des millions de gens, quid ??? ...
mais bordel ca sert à quoi la politique ?
A donner raison a la motion z sur la motion de mes deux ? à critiquer encore et encore le président ? ou à s'interroger ensemble pour une France, un monde meilleur ?
Je ne comprend pas ...