l'arnaque de l'auto-entrepreneur
Tout le monde a entendu ça: La France n'a jamais autant crée d'entreprises. C'est en gros ce que le libéral ministre secrétaire d'état Novelli a annoncé un peu partout.
«Le succès de l'autoentrepreneur se confirme puisque la moitié des créateurs ont choisi ce régime. Nous devrions atteindre le chiffre de 300.000 autoentrepreneurs à la fin de l'année alors que nous ne tablions que sur 200.000 au début de l'année», explique Hervé Novelli,
Le gouvernement espère atteindre les 500.000 créations d'entreprise cette année. On voit donc que les 3/5 du total seront sous ce statut d'auto-entrepreneur. les médias télé ne s'intéressent qu'à ce chiffre et pas aux détails. On va le voir, tout ça est un délire libéral poussé à son apogée, et bien sûr une grosse niche fiscale et sociale: transformer les salariés en indépendant, les éloigner du droit social, baisser les couts (et donc favoriser les profits de l'autre partie de la relation contractuelle) et précariser pour mieux contrôler.
Tout d'abord ce petit monde là ne gagne pas des sommes folles. En effet une grosse partie (78%) ne déclare aucun revenu et donc est supposé n'avoir aucune activité. En effet voici ce qu'on lit dans une dépêche AFP qui reprend des informations du secrétariat aux PME.
"Quelque 263.400 personnes ont adhéré au régime de l'auto-entrepreneur depuis son lancement en début d'année, mais seuls 59.000 ont déclaré jusqu'ici avoir encaissé un chiffre d'affaires, avec un montant cumulé de 383 millions d'euros, selon de nouvelles données publiées mardi."
Un rapide calcul montre que le chiffres d'affaires moyen est donc de 1450 euros sur l'ensemble de la population, ou 6500 euros pour ceux qui ont exercée une activité soit 22% de l'ensemble, et ce depuis le début de l'année 2009. Soit en gros 6 mois. Il faudra retirer à ça l'imposition et le forfait des cotisations sociales (21%). Nous sommes donc à niveau inférieur au SMIC de la rémunération moyenne . Et on trouve encore des imbéciles pour penser que «13 millions de Français souhaiteraient devenir entrepreneur. Les entrepreneurs sont le poumon de la croissance. Mais ils souffrent encore de trop nombreuses entraves. C'est une réalité qu'il nous faut changer» .
Décidément ces zozos là devraient consulter leurs amis et électeurs car ils sont en train de leur chier dessus !
En effet il suffit de lire la presse régionale (ou Google Actualités) et de découvrir que les artisans et PME sont remontés contre tout ça. Ainsi dans le Lot & Garonne: « Le marché déjà suffisamment perturbé n'avait pas besoin de ce statut qui équivaut à de la concurrence déloyale. », voilà ce qui se dit lors de l'assemblée générale de la chambre des métiers. A Cherbourg, les langues se délient plus facilement : « concurrence déloyale » « Les conséquences se font déjà sentir dans le bâtiment, la coiffure et la maintenance informatique » avec des prix parait-ils divisés par deux et des risques de fraude: « La dissimulation est-elle encore plus forte que nous l'imaginons. L'Urssaf n'a plus le droit de communiquer. »? J'espère que M6 pourra enquêter sur cette nouvelle fraude, si toutefois elle existe réellement.
On voit donc que l'UMP attaque son propre électorat avec cette réforme libérale. Et que celui-ci commence à couiner. En général les députés UMP et sénateurs UMP assistent aux assemblées des chambres des métiers...
Et quitte a foutre le bordel, voilà que les agriculteurs demandent ce statut : « Ce statut présenterait de nombreux atouts autant pour le chef d’entreprise agricole que pour le salarié agricole » : En gros précariser encore plus le monde agricole.
Pecresse veut elle aussi favoriser la création d'auto-entreprise pour les étudiants, ce qui revient à transformer les petits jobs d'été (ou du long de l'année) à la sauce libérale. Décidément tout ce monde là est en roue libre. La palme revient à l'union des auto-entrepreneurs qui commentent le chiffre de 1330 euros mensuels qu'ils ont obtenu (autre calcul voisin du mien donc) :
"un chiffre tout à fait respectable comparé aux derniers chiffres de l’Insee, qui montrent qu’en 2006 le salaire net annuel moyen dans le secteur privé et semi-public s’élevait à 20.201 euros pour les femmes et à 24.902 euros pour les hommes. L’auto entreprise pourrait permettre de presque doubler le revenu moyen des Français."
On nage en plein délire, vous ne trouvez pas ? Le chômeur qui crée son activité en auto-entrepreneur a donc en gros 3/5 de chance de de ne pas exercer d'activité et d'avoir un chiffre d'affaire a peine égal à un SMIC ! Tout en précarisant sa situation, son travail et l'environnement social où il va l'exercer. Un vrai fantasme libéral.
Je précise qu'à titre personnel je suis sous le statut µ-entreprise proche.

Commentaires
C'est bien pour tous ces argumenets, ainsi que celui de l'extrême solitude de l'entrepreneur avec un tel statut, que là où je bosse (http://www.atelier-idf.org) on dissuade les porteurs de projets d'opter pour l'auto-entrepreneur.
On préfère largement orienter vers les coopératives d'activité et d'emplois, les CAE, comme Coopaname, Coopactive, Port Parallèle, etc. D'ailleurs, sans doute par culpabilité le site officiel donne un annuaire complet de ces CAE en France, département par département : http://www.auto-entrepreneur.fr/coo...
Et les CAE c'est le bien. :-)
Vous savez pourquoi le logo de la campagne de promotion du statut d'autoentrepreneur est un spermatozoïde ?
C'est parce que le statut d'autoentrepreneur est un attrape-couillons...
Super analyse qui va m'eviter pas mal de recherche.
Etant auto-entrepreneur en chomage technique depuis l'ouverture (sauf en de rare exceptions..) je ne peux que rejoindre l'avis de Dagrouik... et aussi celui de Roland, concernant le spermatozoïde..
J'entends, ici ou là, que plusieurs left_bloguistes distingués ont choisi le statut autoentrepreneur. Et ils nous expliquent que c'est génial. Ah bon? Ils vont pouvoir continuer à être pertinents sur leur blog!
Je suis globalement d'accord. Le souci, c'est que lorsqu'on est pas salarié et qu'on "court le client", sans moyen d'obtenir un bulletin de salaire (pigiste, pisse-copie, tout ça...), avec cet éternel problème de rémunération abusive en Agessa (sachant que si on ose protester contre ce flirt avec l'illégalité eh bien on ne bosse plus puisqu'on se fait envoyer chier au profit de pigistes moins regardants, et comme on a besoin de bosser... bref), il faut se mettre à son compte. Pour pouvoir facturer autrement qu'en Agessa. Or, comme le statut AE s'est ouvert aux pigistes... Ben voilà, on se mord la queue.
Donc non, je ne pense pas que ce soit génial d'être auto-entrepreneur (d'ailleurs, je ne parle pas du tout du contexte des blogs, mais bien de piges). Mais parfois on est un peu poussé... Avant, j'étais en profession libérale, avec ma boîte etc. Mais les charges me bouffaient. Là, les prélèvements sont tout de même plus légers.
Bref, j'ai apprécié cet article, je voulais simplement apporter un modeste éclairage du côté des gens qui ne crient pas au miracle mais qui grincent des dents en se disant qu'au final, on va tomber dedans, histoire de pouvoir déclarer son boulot et présenter des factures légales.
Ce statut permet de noyer également le nombre de défaillances d'entreprises (53 484, +17% sur un an) dans les chiffres de créations d'entreprise.
http://www.insee.fr/fr/themes/info-...
On a l'impression ainsi que les créations sont égales en un mois aux défaillances d'une année complète.
L'Usine Nouvelle a fait le détail : hors auto-entrepreneurs, le solde réel est de -4,9% (courbes significatives).
http://www.usinenouvelle.com/articl...
Honnêtement, je n'avais pas vu les choses de façons aussi poussées, ce constat est accablant. Notamment a propos de la propagande gouvernementale qui a entouré le lancement du statut. Notamment dans la précarisation du statut de salarié a celui d'auto entrepreneur, aspects très largement passés sous silence (avec quelques arrières pensées qui deviennent limpides en lisant ta note)
Mais l'échec de ce nouveau statut réside aussi dans le fait que n'est pas entrepreneur qui veut. Je dis ça sans condescendance aucune, je me suis moi aussi essayée a l'exercice, et je me suis littéralement plantée (sous le statut plus classique de la SARL il est vrai, mais ça ne change pas grand chose au fond du problème). Si le statut d'auto-entrepreneur a tt de mm qq avantages, notamment pour ceux qui ont une activité saisonnière ou a temps partiel (jusqu'alors pas forcement déclaré, et donc pas imposé), il vient conforter l'idée que le seul frein à vivre de son activité est d'ordre administratif. On ultra simplifie la démarche. On facilite l'accès a l'entrepreneuriat, et on avance "vas y mon gars, ya plus qu'à" sans trop s'attarder sur les aspects ultra précaires de ce nouveau statut ou la préparation nécessaire avant de se lancer à son compte. Finalement, la complexité des démarches préalables avaient cela de bon qu'elles obligeaient a plus de recul avant de se lancer dans ce qu'il convient de comparer a un saut dans le vide. Mais l'objectif était il de simplifier les démarches ou de pousser une partie d'ex-salariés a sortir de la sphère de protection du droit social ? Surement un peu des deux.
juste un autre point: pour les commerçants qui râlent (mais ils râlent toujours ;) ils ont eu le mm type de comportement quand les initiatives de service-troc sont apparues, avançant aussi qu'il s'agissait de concurrence déloyale a leur activité réglementée... alors que justement le service troc touchaient une population qui n'avait pas les moyens de payer pour une prestation de service. Bref, je n'aime pas trop prendre leur propos pour argent comptant, ça mérite une enquête M6 comme tu dis ;)
Puis pas sur que les agriculteurs ou commerçants acceptent le principe de plafonnement de revenus auquel sont contraints les auto-entrepreneurs.
Qu'on me corrige si je me trompe, mais il me semble qu'un chômeur en auto-entrepreneuriat sort de la catégorie A puisqu'il exerce une activité. Donc ce statut, non seulement légalise le travail au noir et constitue une concurrence déloyale envers les artisans, mais permet également de ripoliner les chiffres du chômage.
Dans les années 90, Madelin conseillait aux chômeurs de monter leur entreprise. Sarkozy l'a fait. Terminé le salariat, bientôt on sera tous tâcheron. Et ils présentent ça comme un progrès, vive le post-modernisme !
Juste une remarque : si Hervé Novelli a voulu que les auto-entrepreneurs puissent entrer dans le dispositif du RSA (lire ici), c'est parce qu'il partait du principe qu'une personne seule pouvait gagner moins de 880€/mois.
Or qu'enseigne la dépêche AFP citée dans le sujet (celle qui donne les pourcentages) ? que la moyenne de CA est de l'ordre du SMIC. Pour un chiffre d'affaires… pas un bénéfice. Je ne suis pas comptable, mais je sais qu'il y a une différence et le statut d'autoentrepreneur le sait aussi.
Juste une manière plus légale d'arrondir ses fins de mois. Rien de bien "révolutionnaire" et effectivement, plus de 70% n'ont déclaré aucun CA.
Du grand bluff pour sauver les apparences. Comme d'hab!
Je vous invite à lire l'analyse d'un chef d'entreprise sur mon blog :
Les services à la personne et les artistes sont pris en exemple : précarité assurée au bout du chemin...
Le statut consiste à transformer ces chiants de salariés en tâcherons qui ne seront ni syndicalisés ni représentés dans aucune instance...taillables et corvéables à merci...
Nous avons traités le sujet sur Démocratie & Entreprises..voir le blog :
Démocratie & Entreprises
Avant la création du statut d'auto-entrepreneur, les options disponibles pouvaient faire peur, ce qui finalement servait de "bozo-filter" (zozo-filtre en français?).
Cela dit, avant de devenir indépendant (ancien régime), j'ai eu recours aux boîtes de portage salarial pour facturer, et le portage est une vraie arnaque. Je serais d'ailleurs curieux de connaître l'impact du statut auto-entrepreneur sur les boîtes de portage.
J'aurais peut-être opté pour le statut d'auto-entrepreneur dans un premier temps... Qui sait ?
Ce qui n'infirme en rien ce que tu dis sur le statut.
7 décembre 2007 : Sarkozy disait que les modèles à imiter étaient le Royaume-Uni et l’Irlande.
1er décembre 2009 : comme 99 % des économistes français, comme 99 % des journalistes français, Sarkozy retourne sa veste.
Une video extraordinaire :
http://www.agoravox.fr/actualites/e...
je suis en AE depuis le début de l'année ; n'ayant pas fait de demande d'accre , je me suis fait sucrer les indemnités assédic auquelle j'avais droit ; cela m'aurait aidé à démarrer ; du coup sans aide , je ne fait qu'un chiffre d'affaire de 500 euros max ; une fois les charges déduites , soit 23% ,je dois me débrouiller avec le reste ; l'état y gagne, pas d'assédic à verser , charges payé et moi je survis ; j'ai l'impréssion de m'être fait avoir , je m'en souviendrai en temps voulu...
Merci pour ce billet que je viens de découvrir. Ca m'a donné envie de me pencher sur le CV de Novelli, et je me suis retrouvé le nez sur un cursus nauséabond; j'en parle dans mon dernier article ici. Un élément supplémentaire du pouvoir infiltré par des néo-fascistes assumés.
Le chiffre d'affaires des auto-entrepreneurs qui se sont déclarés au cours du premier semestre a été évalué à 499 millions d'euros au titre des trois premiers trimestres de l'année, a indiqué mardi 26 janvier Bercy.
http://www.boursorama.com/internati...
Entré en vigueur il y a un an, le régime d'auto-entrepreneur a séduit des profils disparates, salariés, retraités, fonctionnaires, chômeurs ou étudiants… En 2009, 320.000 auto-entreprises auraient vu le jour, sur un total de 540.000 sociétés créées.
http://www.federation-auto-entrepre...
Au titre des trois premiers trimestres de l'année, quel est donc le chiffre d'affaires moyen d'un auto-entrepreneur en France ?
499 millions d'euros divisé par 540 000 = 924 euros.
Vous avez bien lu : le chiffre d'affaires moyen d'un auto-entrepreneur est de 924 euros.
Auto-entreprise.
http://www.lemonde.fr/opinions/arti...
Cela signifie que 55 % des auto-entrepreneurs font peu, ou pas du tout, de chiffre d'affaires.
Les 45 % d'auto-entrepreneurs qui font un chiffre d'affaires déclarent un gain net moyen de 775 euros par mois.