Comme d'habitude, le son de l'entretien est disponible en pièce jointe à ce billet, c'est en bas, un truc .mp3 à cliquer. Vous y trouverez sans doute d'autres trucs, d'autres éléments à commenter. Il faut en gros 4 heures pour faire un compte rendu comme celui-ci. J'ai encore Julien Dray en stock, au frais dans le congélateur. Ce sera pour les prochains jours.

Depuis cette interview, Manuel Valls a commis un impair en posant et donnant l'air d'être censuré. Il est un peu culotté quand même, à première vue les médias maintstream ne lui sont pas interdits. Vous pourrez lire les billet de Vogelsong , Hypos, Mancioday, Frednetick, Cyril et Martin P sur leurs blogs. Pour l'instant je suis le seul avec Mancioday et Vogelsong a avoir commis un compte rendu sur cette Interview. Les autres sont donc des fainéants.

Valls se base sur son expérience personnelle, les défaites de 2002 et 2007 pour expliquer que la gauche n'a pas réussi à évoluer suite à la chute du mur de Berlin ( avec l'ennemi communiste). C'est sans doute ça qui explique ses récentes sorties sur le capitalisme en mode TINA.

Selon lui, ce manque d'évolutions explique l'absence de réponse complète à la globalisation et à la crise de l'état providence. Là dessus (après TINA) désolé de le dire, il n'a pas tord. On attend et cela concerne y compris le NPA, la définition d'un modèle alternatif qui soit autre chose que des épiceries d'état et une gamme de 4 machine à laver pour toute la population, ou la recopie du modèle "romantique" latino-américain. Rien que ça mériterait une interview avec des questions ciblées pour déterminer le taux de soc-libéralisme du maire d'Evry.

Quand on lui demande les 5 points à changer dans le PS, il ne parle pas du nom du parti. Et oui, étrange non. En gros il suffit de ne pas lui poser la question pour qu'il n'en parle pas spontanément. Le premier point c'est de répondre à ce que j'ai cité plus haut: Il faut une doctrine à ré-inventer, "pas une simple réforme", pas question de "ripoliner". Il faudra re-créer une différence d'identité gauche-droite. Il l'explique: re-créer l'espérance et lutter contre les inégalités. Ça n'en fait pas un gauchiste, mais est-ce qu'il a sa place à l'UMP ? J'en doute. Je pense donc que mes amis blogueurs prompts à demander son exclusion ou lui indiquer la direction de la porte devraient se donner un peu de mal à écouter ou lire ce que ce trublion raconte ou précise. Et surtout de demander la même précision et la même rectitude intellectuelle aux autres élites du PS. Il est facile de citer Mitterand des années 70, et pas celui qui a crée le MATIF, libéralisé le crédit au delà des demandes , et dont le digne successeur à quand à lui privatisé à tour de bras tout en baissant les impôts des tranches supérieures. Voilà des reniements aux conséquences plus graves pour nos concitoyens, c'est le grand problème de la paille et la poutre ou de la relativité générale socialiste.

Le 2nd point essentiel est de sortir de l'hypocrisie vis à vis de la 5e république. Il est donc partisan d'un présidentialisation du parti, mais ne dit pas ce qu'il faut faire de la 5e république. Là aussi, besoin de précisions. Est ce la 6e république de Montebourg ? ou alors le 5e Bis de Sarkozy qu'il a failli soutenir avec une vingtaine de députés (dont certains sont proches de Titine désormais) avant de se soumette au choix du PS, alors que Lang faisait l'exact contraire.

le3e point concerne les alliances : Il veut faire un bloc PS-Verts-Modem qui pèse environ 40% et ne pas dépendre du NPA qui "joue notre mauvaise conscience". Il ne parle pas du Front de Gauche (les trolls vont dire, on s'en fout). Ce qui veut dire qu'il a déjà répondu en partie au premier point de sa liste de 5. Et qu'en plus pour lui les Verts ou plutôt Europe Ecologie soient un bloc homogène. Mon point de vue personnel est qu'il faut répondre au premier point avant de penser alliances. Et que c'est le projet complet et attractif qui fera revenir les électeurs qu'ils s'égarent ici ou ailleurs.

En 4e point, il parle de faire fonctionner le PS en réseau et cite Royal, Rosenvallon et Rocard. La première pour la démocratie participative à l'intérieur de son propre camp. Ça aurait demandé plus d'éclaircissements, et sans doute conduit à faire le pénible procès du désastreux congrès de Reims.

En 5e point, il veut des primaires ouvertes et générales pour toutes les élections. Ca sera le sujet de l'année. Nous avons abordé ce point avec Julien Dray le même jour. Il aborde le besoin de réformes: Il nous précisera qu'il faut faire de la pédagogie, les sociétés sont devenus très complexes. Les citoyens se méfient de la Politique, la rejètent. Là je préviens les trolls, ce n'est pas par ce qu'on dit il faut réformer qu'on devient sarkozyste.

Pour lui le projet doit être en élaboration permanente, il faut réagir au monde en mouvement, ce qui est une différence avec les années 70 ou 80 où nous vivions dans un monde fermé. Il explique que la situation de 2012 n'est pas connue et qu'elle sera différente de 2009, la conception du projet doit donc évoluer en permanence. C'est aussi une obligation pour s'adapter et proposer autre chose que le sarkozysme qui évolue lui aussi en fonction de l'évolution du monde. On l'a vu avec la critique du capitalisme par Sarkozy devenu presque bolchévik selon certains médias.

S'il est candidat aux primaires, c'est pour peser, pour éviter les sujets non tranchés. Il cite le blocage du sujet impôts par Fabius en 2002, et les absences de fond sur le projet de 2007 (tant le PS était convaincu d'une victoire par défaut). Sur les mêmes primaires, elle subissent la réaction du vieil appareil. Celle de la génération Aubry-Fabius qui a échoué. Il au aussi des trucs à dire sur Sarkozy, il suffit de poser les bonnes questions et aussi de le pousser un peu en lui demandant de parler de sa compatibilité avec Sarkozy.  L'ouverture c'est de la confusion et du débauchage individuel. Tout le contraire d'une décrispation qui verrait le maximum de partenaires intervenir : Grenelles, débats publics. Il cite le vote de l'IVG dans les années 70 comme un symbole de décrispation, ça date et montre que le problème est vaste. Il le dit, il n'est pas sarko compatible, il s'en expliquera plus loin. Il y a une confusion gauche-droite par ce que les grandes idéologies ont échouées. Le diagnostic est bon, du moins sur ce point. Et vous ne trouverez personne pour expliquer le contraire, sondez les Français sur les valeurs: on nage en pleine schizophrénie et contradictions.

Sur les valeurs (sic) travail et sécurité. Il rappelle que Sarkozy a siphonné le front national en 2007. Et que le débat sur le travail a tourné à 100% sur les 35 heures qui pour certains salariés (j'en connais) ont donné le sentiment qu'elles ne profitaient qu'aux cadres.  Il explique la gauche considère que les inégalités ne sont pas innées, mais qu'elle naissent dans un environnement social et culturel, après il faut inventer les instruments ... ( là il manque la suite, zut alors: lesquels ?). Le travail peut être UN élément de l'émancipation individuelle, c'est une valeur de gauche(...) la lutte contre l'insécurité, par ce qu'elle touche les plus modestes: Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas une valeur de gauche."

Contrairement à vous je ne suis pas obsédé par Sarkozy. Voilà ce qu'il a répondu à Hypos qui le questionnait sur sa proximité apparente dans le domaine de la valeur travail. Il a alors cité perfidement une anecdote avec Jospin dénonçant la société de l'assistanat en 1997. Nous devons tout faire pour le travail, agir sur la formation, la qualification qui est un des problèmes majeurs de la société française (même si nous sommes parmi les plus productifs dans un environnement qui se complexifie de plus en plus) qui explique que nous avons un problème de compétitivité, de chômage chronique de masse depuis des années. Là, je trouve qu'il est trop dans la simplification, on constate aussi une forte hausse du chômage et des petits boulots de merde pour les salariés diplômés de tout age.

Quand au monde de l'entreprise, c'est aussi pour lui le lieu où on trouve l'exploitation la plus éhontée. C'est la qu'il faut bâtir le pacte social (...) remettre l'homme au cœur du projet économique. L'entreprise doit être sur des valeurs de long terme, sociétales, environnementales, sociales. Certes, mais là - et la question vaut pour tous à gauche- que fais-t-on quand elles ne respectent pas ces valeurs et comment mesure-t-on le dépassement négatif ?

Il nous explique aussi qu'on ne doit pas parler que de partage du travail, mais aussi du travail. Que cache cette pirouette ? nous n'en saurons pas plus par manque de temps.

Vient ensuite la fameuse question "On vous présente comme un Sarkozy de gauche, votre nom est cité dans les remaniements, vous êtes à la garden party.... Sur quoi repose cette attraction pour Nicolas Sarkozy ?". Si vous écoutez le .mp3, c'est à 30 minutes pile-poil. Et désolé, je n'ai pas de player .mp3 Flash plus évolué que celui là. La réponse est simple, tout ca repose sur votre paresse.. pas la votre (...) sur ceux et celles qui adorent mettre des étiquettes, paresse de la presse, volonté de nuire. Je ne suis absolument pas fasciné par Sarkozy. Ni fasciné, par la méthode ni séduit par Nicolas Sarkozy, qui ne fait pas partie de mes références(...) Comme tout le monde, y' a que vous qui parlez de Nicolas Sarkozy. Son énergie, sa volonté d'imposer un leadership, de régler le problème du fond national, de faire travailler la droite autour de ses valeurs qui s'est avéré efficace pour l'élection présidentielle. Le bling-bling a montré une méconnaissance de ce qu'est la réalité du Pays.

Il cite la loi TEPA, les heures supplémentaires comme premières erreurs économiques. Et aussi le fait que Sarkozy comme Royal ont compris le changement de système devenu plus présidentiel avec l'inversion du calendrier. Sur la garden Party, il est invité comme cette année 50 députés socialistes, a-t-on demandé la liste des ces 50 ? Il dénonce la vision passéiste du refus de partager la fête nationale.Chose que certains vont qualifier bien sûr de collaboration avec Sarkozy, ils auront tord. On achète certains blogueurs avec des petits fours, mais pas lui.

Sur la sécurité, parlant de Sarkozy, les français lui font crédit, alors qu'il a échoué (..) Si la gauche est claire sur ce sujet là elle sera entendue sur le reste et notamment sur le projet économique et social.

Sur l'économie et le social, il le dit nous sommes dans une économie de marché. Ceux qui veulent autre chose sont priés d'en faire la publicité, qu'ils disent, et qu'ils disent comment ça marche... penser une autre société est devenu impossible. Il dénonce les inégalités de salaires de plus en plus fortes. Tout le problème est de confondre l'outil avec l'économie. Vaste débat non ?  Comme Jospin il est contre la société de marché. Il dénonce l'avidité et la cupidité.  Pour lui au moment au moment où les concepts de régulation de l'économie, d'une autre redistribution des richesses s'imposent avec une victoire des valeurs de la gauche... de la social-démocratie, voilà que celle-ci est en crise et qu'elle perd les élections.

Il devrait discuter avec Montebourg qui pense que la social-démocratie a fait la pute avec la mondialisation financière. Sur les entreprises, lieu central de fabrication des inégalités il pense que celles-ci doivent favoriser le long terme. Il discute avec des entrepreneurs de formation, de place des salariés dans les conseils d'administration élément important. La société et les entreprises doivent être sur le long terme, l'avidité, le profit immédiat sont contraire à la bonne économie. Il explique le besoin de valeurs sociales, sociétales et environnementales dans le fonctionnement global. La question à poser alors aurait été, dans ce cas devons nous envisager une planification écologique et sociale de l'économie? Il cite les SCOP et l'économie sociale et solidaire. Est ce que cela en fait un sarkozyste ?

Pour lui le défi intellectuel de toute la gauche est de lier le sens collectif aux évolutions "individualistes" de la société. Je rajouterai que celles-ci ne se limitent pas à un simple consumérisme mais comme le résultat d'une évolution des sociétés industrielles. Tout ça est bien plus complexe que les analyses que certaines pénibles révolutionnaires en peau de lapin vous balancent. Il citera comme exemple de ce lien, l'action locale vers les enfants en difficulté dans le système éducatif. 150 000 enfants sortent sans diplôme du système chaque année, ce sont les milieux populaires qui sont touchés en premier. La gauche de réfugie dans des discours creux, et appelle au pacte républicain pour mieux masquer son absence de propositions. Alors qu'il faut se demander ce qu'on met comme enseignant dans les zones ou classes à problèmes, quelle réponse donne-t-on à ceux qui sortent par le bas des schémas généraux?  Quel système de notation des enseignant utilise-t-on ? Les problèmes viennent de l'école et des milieux sociaux, le débat est simple.

A Evry, il a mis en place un système de réussite éducative qui prend en charge plusieurs centaines d'élèves. Il parle d'agir au niveau scolaire, au niveau de l'environnement personnel et de mettre plus de moyens pour aider cet élève à rattraper le retard. Lecteurs titinistes, savez vous que Martine Aubry à demandé (à la radio) à Manuel Valls de réfléchir à la politique de la ville et aux problèmes de l'éducation. Il citera aussi le fait qu'a Evry les conseils de quartiers ont des budgets participatifs... Ce qui n'est pas le cas ailleurs par exemple, on en trouve même à Paris.

Ma question sur la corruption l'a un peu choqué, il a du penser que je visais les politiques, mais en fait je parlais de corruption en général: de ressenti d'une justice à deux vitesses avec sursis pour col blancs. Après avoir dénoncé le risque de populisme, il a énuméré des choses qui mériteraient là aussi des questions supplémentaires:

- sentiment d'impuissance des citoyens confrontés à des murs d'incompréhension même dans la justice civile. Absence d'informations.

- le citoyen se retrouve seul face aux sachants, d'où des sentiments de rejet vis a vis des institutions : la justice, l'état, la presse. On a le sentiment de payer pour les autres, pour ceux qui ont fauté (..) qui ont mis l'économie en vrac, qui partent avec des bonus alors qu'ils ferment des entreprises, ça crée un sentiment profond. Pour ne pas que ça se transforme en populisme, en rejet du politique et de la démocratie, il faut que nos institutions fonctionnent mieux, que la justice fonctionne mieux, et elle fonctionne mal. Pour une raison de moyens et de culture des juges fermés sur la société.

- absence de peine de substitution: j'aurai du lui parler de mon concept de goulag 2.0 pour les délits financiers.

- il est partisan d'une réponse au premier acte délictueux, et dans certains cas d'exemplarité. Là aussi, manque de rebond: sur quel délits ?

- Sur la corruption on doit être implacable: ce sont les élites qui sont corrompues, et cela demande de la transparence dans les institutions. Il cite aussi le fonctionnement des conseils d'administrations de banque: Bouton a pris son temps, et Kerviel lui a fini en tôle. C'est le système des élites française qui donne le sentiment au citoyen de se protéger. Justice, Égalité, Transparence. C'est un système de castes qui laisse tout passer. Il dénonce le refus de l'état de mettre des représentants au conseil d'administration des banques aidées.

- le contrôle des élus existe, il en a le sentiment, ce sont les cours des comptes régionales, c'est ainsi que le scandale d'Hénin-Baumont a surgit.

- la corruption s'internationalise, qu'elle soit politique ou économique. Cela demande de confier plus de responsabilité à l'ONU et de la transparence dans les institutions.

Il y a une crise de la démocratie. Avec une abstention massive lors de européennes, c'est la faute des responsables politiques des élites incapables de donner envie. Tout ça sur des problèmes réels et ressentis.

Venons en à nos problèmes d'Interview. Le constat est simple, trop de monde, et donc trop de questions variées, chacun y va de son sujet. Avec Vogelsong et Hypos nous nous somme dit qu'il faudrait limiter les deux, et restreindre les sujets à un domaine particulier. Ce qui permet de cibler les sujets et d'aller un peu plus au fond des problèmes. Ce que la presse sans fond ne fait pas.