London s'est donc exécuté, et je l'en remercie. Cela ne veut pas dire que je suis devenu en 24 h adepte du libéralisme, mais que je pense que le débat mérite qu'on s'y attarde un peu et qu'on corrige certaines conneries et abus de langage. Le droit à l'erreur existe, j'ai du parfois qualifier la politique de Sarkozy de néo-libérale, mais je pense qu'il s'agit d'un néo-conservateur français. Espèce d'un nouveau genre qui essaye de faire le mariage de plusieurs droites dont certaines sont contradictoires sur des sujets majeurs.


La parole à London, la mise en page est  la sienne avec quelques corrections.

 
Pour commencer ce billet, je voudrais revenir un peu en arrière, à la naissance de la gauche et de la droite. L'origine de cette dualité est née le 27 août 1789, lors d'une assemblée constituante. Il s'agissait de déterminer dans cette nouvelle monarchie parlementaire si on allait laisser au roi un droit de blocage, le droit de veto. Les députés se sont donc placé en fonction : à Droite, ceux qui soutienne le roi, à Gauche les opposants. Pour faire simple, la bataille était entre les républicains révolutionnaires et les conservateurs royaliste.
 

Trois Droites, et deux de Gauche

 
Les ultracistes sont la première droite, la droite originelle : elle est composé des contre révolutionnaires, des royalistes, des traditionalistes religieux. Ne nous y trompons pas, il ne s'agit pas d'ennemis de la liberté. Leur point de départ idéologique est tout simple : il existe un ordre naturel dans l'univers, tout changement artificiel venant interférer avec la volonté divine (la révolution française) est donc à proscrire. Pourtant, accusé d'autoritarisme, ils n'en sont pas moins adeptes d'une certaine liberté par rapport au roi et d'une certaine décentralisation qui laisse la place aux féodalités locales. C'est de là que viendront les dissensions avec Charles X et la révolution de Juillet.
 
La deuxième Droite est née à la gauche des ultras. Ils reconnaissent la révolution mais restent attachés à la monarchie parlementaire. Elles va prendre définitivement son indépendance avec les ultras au moment du choix du Duc d'Orléans comme régent, qui ne reconnaissent pas sa légitimité (d'où l'opposition « légitimistes » / « orléaniste »). Cette nouvelle droite est parlementariste, libérale, mais aussi conservatrice. Elle se caractérise par des slogans « ni droite, ni gauche » et c'est des contours de cette double opposition que naîtra réellement la pensée orléaniste.
 
Crise économique et crise sociale, la révolution de Février 1848 éclate. Le suffrage universel est adopté et Louis Napoléon Bonaparte, avec le parti de l'Ordre devient le premier président élu de la seconde République. Cette nouvelle droite est en fait une fusion entre des républicains de gauche, les libéraux et les conservateurs. Face à la difficulté à tenir les deux autres droites ensemble et d'obtenir la possibilité de se représenter à sa propre succession, Louis Napoléon Bonaparte provoque le coup d'Etat. Nous avons donc la troisième droite, « bonapartiste », qui repose sur l'autorité, la légitimité du peuple et le caractère rassembleur.
 

Le sarkozysme, un bonapartisme ?

Maintenant, essayons de trouver sur l'échiquier politique de droite qui va où. Vous aurez sans doute reconnu dans la tradition des ultras le Front National, Bayrou et l'UDF dans le rôle des orléanistes. Et Sarkozy ? 
Reprenons chacun des axiomes qui caractérisent le bonapartiste :
 
Autorité : Discours ferme contre les délinquants en tant que ministre de l'intérieur, la dénonciation de Mai 68, lois sur la délinquance des mineurs, peines planchers.
Légitimité du peuple et caractère transpartisan : gouvernement d'ouverture, président au dessus des partis, commission Attali.
La paternité ainsi établie, comment se caractérise ce bonapartisme sarkozyste ? Libéral ? « Néo-conservateur à passeport français » ?
 

Sarkozy, faux libéral, faux conservateur ?

Donnons deux définitions rapides du libéralisme (et oui, encoreJ ) et du néo conservatisme.
 
Le libéralisme repose sur 3 principes : liberté, propriété privé et responsabilité. La conséquence de ce système, c'est la diminution d'un pouvoir central de l'Etat et des impôts pour donner la possibilité à l'individu de faire ses propres choix, d'en assumer les conséquences, bref d'être responsable de ses actes.
 
Le néo conservatisme repose sur une doctrine simple : exit le relativisme des valeurs, retour des Etats-Unis sur la scène internationale et des valeurs civilisatrices (comprendre le Bien contre le Mal). L'Etat doit être fort et peut s'arroger le droit d'intervenir sur son sol et dans le monde au nom de ces valeurs (« plus jamais Auschwitz »). On confond souvent libéralisme et néo-conservatisme car ces deux courants de pensée prennent la liberté comme postulat. Sauf que si le premier défend la liberté inaliénable par la voie démocratique et l'auto détermination des peuples, le deuxième est prêt à utiliser la force (ce qui le rend « un peu » contradictoire). On confond aussi néo-conservatisme et droite, mais la naissance de cette pensée est à gauche, chez d'anciens trotskistes face à l'échec du socialisme en URSS et le délitement supposé des valeurs morales. Ce qui n'a pas empêché la récupération politique par un certain Georges W. Bush.
 
Sarkozy est-il libéral ? On serait susceptible de le penser quand il annonce la réduction des effectifs de l'Etat, ou le paquet fiscal de cet Eté qui vise à diminuer les prélèvements fiscaux. Cependant, comme l'a rappelé le Figaro cette semaine, 6 nouvelles taxes en 9 mois, ça ne plaide pas en sa faveur. Ni son interventionnisme en faveur ArcelorMittal ou sa volonté de conserver le protectionnisme européen de la PAC.
 
Sarkozy est-il néo conservateur ? On serait susceptible de le penser, car son premier discours après son élection était clair : nous ne transigerons pas avec les droits de l'homme. Au demeurant, il semble bien que la Realpolitik l'ait emporté sur les discours de campagne : relations apaisées avec Poutine, la Chine…
 
La « rupture » de Sarkozy n'est pas là. On sent bien que sa pensée politique est un patchwork, de gauche et de droite, en bon bonapartiste. Sa « rupture », c'est l'aggiornamento de cette droite conservatrice par un fils d'un immigré hongrois et d'une mère qui a divorcé et qui a travaillé pour vivre par elle-même. Une droite post soixante-huitarde.

Le gaullisme est mort, vive le sarkozysme

London.